2013년 8월 18일 일요일

[발췌: F. Lordon's] La politique du capital (2002)

출처: Frédéric Lordon, La politique du capital (Odile Jacob, 2002)
자료: 구글도서

※ 약식 목차
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Introduction

Parler de politque du capital nécessite d’emblée de dissiper un malentendu. Il ne s’agira pas d’évoquer l’emprise des puissance privées sur la vie collective et, par là, la concurrence de fait dans laquele elles entrent vis-à-vis du pouvoir politique. Quand un même groupe assure à l’échelle nationale à la fois la distribution de l’eau ; le ramassage scolaire, la gestion hospitalière, l’enlèvement des ordures, la téléphonie fixe et mobile, l’accès Internet et la gamme presque complète des produits du divertissement, il est vrai qu’il y a lieu de le considérer comme une puissance se déployant à l’échelle même de la cité entière, c’est-à-dire en vis-à-vis direct avec l’Etat.

  Il ne s’agira pas non plus de reprendre d’une manière ou d’une autre la thématique marxienne de l’appreil d’Etat pénétré par les intérêts privés, la puissance publique se trouvant remise de fait au mains des grands du capital, à la fois par le jeu de la sociologie des élites et par celui de la dépendence matérielle et financière dans laquelle le pouvoir politique tombe vis-à-vis des puissance d’argent.

  Il y aurait pourtant beaucoup à dire sur toutes ces dimensions politiques du capital, peut-être plus actuelles que jamais. Mais ce n’est pas d’elles qu’il va être question maintenant. En fait, on se propose d’envisager la politique non pas comme une extension du capital, mais comme partie de son activité intrinsèque. La politique du capital n’est pas (seulement) un supplément de puissance déployé à partir d’une base strictement économique, comme le proposent les précédentes intérprétations, elles est l’expression de ce que, dans son mouvement même, le capital a à voir avec la recherche de la puissance, que toute son économie y concourt et s’y trouve d’une certaine manière dédiée.

  Les volontés de puissance portées par les entités du capital vouées à se rencontrer et à s’affronter. C’est à cet instant que naît la politiue du capitql. La considérer comme telle, c’est récuser l’idée, oscillant entre naïveté et dénégation, que les relations nouées par les « sujets » du capital demeureraient d’une pure économicité et qu’elles ne connaîtraient pas d’autre registre que celui de la transaction marchande. Or il n’en est rien. Les organisations et les hommes du capital achètent, produisent (1) et vendent, c’est entendu, mais aussi pactisent, se coalisent, se trahissent, cherchent l’influence, tentent de se soumettre les uns les autres, voire s’entretuent par les armes de la prédation financière. Ce versant de l’activité du capital est à la fois le plus intuitivement connu et le plus constamment dénié. Le fracas des grands assauts financiers assourdit pourtant jusqu’au public le plus éloigné de choses de l’économie, la chronique des haines recuites se lit dans les quotidiens les moins spécialisés, et l’intuition commune fait plus souvent qu’à son tour le rapprochement entre les comportements des grands prédateurs de l’économie et ceux de la politique—non sans pertinence. De leur côté, les hommes du capital, qui tous les jours sont à la manœuvre, n’ignorent évidemment rien des pratiques auxquelles ils se livrent, et pourtant le discours qu’ils tiennent sur eux-mêmes s’archane à en occulter la véritable nature. Contre cette dénégation forcenée, dont les ressorts mériteront d’ailleurs d’être éclairés, il faut nommer cette part de l’activité du capital d’une façon qui mette en évidence sa vérité agonistique, so tropisme de la puissance derrière les opérations productives, et rende impossible les équivoques du travestissement économiciste. Tout n’est pas économie pure dans les choses de l’économie, et dire sans ambages qu’il y a une politique du capital, c’est accorder, en en revenant à la définition la plus commune de la politique, que les hommes du capital nouent entre eux des relations, et pas seulement médiatisées par l’échange marchand.

  Par un paradoxe parfaitement involontaire, le capitalisme financiarisé a la propriété de rendre plus saillante que jamais les menées de la politique du capital et de mettre en pleine lumière son enjeu fondamental : le contrôle capitalistique. Car faire de la politique, pour les entités du capital, signifie uniment organiser l’expansion et pourvoir à la survie. Or l’une et l’autre opérations en passant désormais par le marché des titres négociables, là même où s’échange la propriété, cette essence de l’être du capital—dans lequel précisément il s’agit de persister. Parce qu’il a trait au maintien de la souveraineté ou à l’exercice de l’influence, le contrôle de la propriété est l’obsession de la politique du capital, obsession portée à un degré sans précédent en une période où le capital flottant s’est accru du dénouement des participations croisées et, circulent librement sur le marché, se trouve pour ainsi dire mis à l’encan, offert à la convoitise de tous les prédateurs potentiels. Cette expositin permanente à tous les désirs d’appropriation est pour les hommes du capital la source d’une angoisse chronique, et la plus grande part de leur activité politique est consacrée à la surveillance de l’échiquier capitalistique, à l’anticipation des menaces en préparation, et à la passation des alliances protectrices. A front renversé, l’environnement hostile des uns est un monde d’opportunités pour les autres. Et du côté de la capture c’est la même activité politique qui se déploie : vigie stratégique et repérage des cibles, encerclement progressif ou rapid foudroyant, coalition de combat ou prise à témoin des marchés...

  Toutes ces choses ont très peu à voir avec la pure rationalité économique, du moins si on entend par là la subordination des meilleurs moyens à la fin exclusive de la maximisation du profit. Et si les hommes du capital s’abstraient ainsi sans hésiter des commandements supposés de leur raison sociale, c’est bien parce qu’en toute ces situations où il y va de la propriété, its se trouvent confrontés à des enjeux autrement plus fondamentaux que l’accomplicement des idéaltypes de la théorie ou (plus vraisemblablement!) la consolidation des représentations qu’ils aiment ordinairement à donner eux-mêmes. C’est de vivre ou mourir qu’il est question, de se maintenir dans l’être du capital ou d’en disparaître, de s’y étendre ou de s’y amoindri, et ce sont là des enjeux vitaux qui priment toute autre considération, et s’imposent sans compromis possible. En ces moments décisifs où les hommes du capital et leurs organisations engagent ce qu’ils ont de plus essentiel, soit qu’ils combattent pour la survie, soit qu’ils s’abandonnent à la pulsion d’expansion, la maximisation du profit peut attendre, et c’est une autre rationalité, une rationalité politique, qui se substitue alors à la rationalité économique.


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Le recul des années et son actualité en apparence défraîchie n’entamment en rien la valeur d’archétype du conflit d’OPE qui a jeté les unes contre les autres trois des plus grandes banques françaises en 1999. Car c’est précisément cette politique du capital qui, en ce moment convulsif, se donne à voir pour une fois à visage presque totalement découvert. Prendre cet épisode pour objet ne se justifie donc pas par la nécessité de faire une simple chronique (en l’espèce un peu tardive!) d’un affrontement pourtant sans précédent (2), mais plutôt par son extraordinaire pouvoir de concentration et de révélation des caractéristiques les plus fondamentales du capitalisme financiarisé, maintenant sur les rails pour longtemps—et peut-être même, au-delà encore, du capitalisme tout court.

(… p. 10-13 …) p. 14 :


(…) comme fondamentalement dépolitisées, la pensée de Spinoza affirme le primat de la lutte et l’ancre dans une ontologie et même une anthropologie de la puissances. Les luttes pour le pouvoir, les luttes pour la reconnaissance ou pour la domination et tous ces élans fondamentalement agonistiques, puisqu’ils sont voués à se heurter les uns les autres, trouvent leur impulsion dans le conatus comme effort d’affirmation existentielle. Il n’est donc peut-être aucune philosophie qui davantage que celle de Spinoza, prenne au sérieux la violence du monde et soit plus immédiatement politique, précisément parce que considérant les hommes « tels qu’ils sont », elle n’ignore rien de leurs compulsives motions d’expansion, de leur destin qui est de se rencontrer et de se contrarier, et ce que ces chocs inévitables sont la matière même du politique.

  Il était donc tout sauf fortuit qu’on choisisse un fait de guerre financière pour illustrer cette conversion presque nécessaire d’une ontologie de l’activité en une science sociale du conflit ou, plus près encore du présent cas de figure, en une économie politique de la puissance. Et it était d’autant plus utile de faire ce choix du champ économique que les conceptions habituelles de la théorie standard opposent des résistances particulièrement vives à l’idée qu’en ce domaine au moins le désordre des pulsions a été maîtrisé par la norme de la rationalité. Plus d’affects, rien que du calcul. Cette réticence, on pourrait même dire parfois cette répugnance à reconnaître en quelque sorte cette part maudite de l’économie a ceci de particulier qu’elle est commune aussi bien aux théoriciens qu’aux praticiens de l’économie, les uns voulant préserver l’idéalité d’un taxis rationnel, les autres étant occupés à dénier leurs entreprises de pouvoir et à reconduire la croyance selon laquelle l’économie est un jeu dont la règle est la maximisation du profit à l’exclusion de toute autre chose. En fait, on ne saurait céder à l’antinomie trop simple de la rationalité parfaitement désaffectée et du chaos pulsionnel, et ce que l’analyse de l’épisode bancaire de 1999 voudrait montrer tient précisément au savant mélange des deux ingrédients qui s’en dégage. Car s’il serait évidemment absurde de soutenir que les agents s’abandonnent à la rage d’un désir de conquête totalement désordoné, a contrario il serait tout aussi fautif, reconnaissant qu’il y a du calcul, d’omettre de demander : « du calcul en vue de quoi ? » C’est là qu’on peut se séparer de la théorie économique standard qui répond : « en vue de la maximisation du profit et rien d’autre », sans pour autant abandonner l’idée de rationalité mais respécifiée comme rationalité politique, c’est-à-dire rationalité orientée vers les fins de la puissance. Ainsi la croyance économique, croyance en la pure économicité des choses économiques, et notamment croyance que l’avènement de l’économie signifie l’arraisonnement parfait des pulsions sauvages et leur domestication intégrale au service de la seule maximisation du profit, est mensongère. Et pourtant toute rationalité ne s’est pas évanouie. Il reste bien celle de l’adéquation des moyens aux fins, mais pourvu qu’on renonce à donner à l’adéquation la seule forme de la maximisation et aux fins la seule forme du profit...

(… p. 15-16...)

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